Cours d'Economie de l'entreprise minière

Cours d'Economie de l'entreprise minière

De plus en plus d'éléments chimiques sont convoités pour répondre aux besoins d'un monde en constante modernisation. L'activité minière se révèle incontournable pour le développement.  Comme toute entreprise industrielle, l'entreprise minière est une industrie à haute intensité capitalistique, et elle intéresse souvent plus particulièrement l'Etat. 
Ce document n’est pas un ouvrage exhaustif d’Economie minière mais permet d'avoir une base solide l'économie de l'entreprise minière.

Une industrie à risques

L'industrie minière part de la découverte d'un assemblage de minéraux d'intérêt économique et rentable selon les conditions moment, il s'agit d'un gisement. 

Pour exploiter un gisement, il faut être sur place. On ne peut créer la mine proprement dite qu'à l'endroit où se trouve le gisement. On pourrait encore envisager d'implanter l'usine de traitement ailleurs, mais les coûts de transport du minerai seraient alors exorbitants.
L'ensemble mine + usine de traitement et donc forcément situé à l'endroit où se trouve le gisement.

En dehors de sa localisation, le gisement présente une autre caractéristique importante: il n'est jamais parfaitement connu. Pourtant, lorsque l'on veut évaluer la valeur d'un projet minier, on est bien obligé d'une part de fixer le tonnage des réserves disponibles et la teneur moyenne de ces réserves, et d'autre part d'arrêter des choix techniques tels que la méthode d'exploitation et la méthode de traitement pour ne prendre que les plus évidents.

Ces choix ont une importance cruciale sur les résultats de l'évaluation économique (nous verrons plus tard que la recette générée par l'exploitation d'une tonne de minerai est proportionnelle, en première approximation, à la teneur de cette tonne). Mais quoi qu'on fasse, ces choix comprennent une certaine incertitude.
L'histoire minière donne de nombreux exemples très parlants en ce qui concerne cette
incertitude. 
Prenons la mine de St Salvy, par exemple. Cette mine, aujourd'hui fermée pour des raisons économiques, était située dans le sud de la France. Elle exploitait du zinc. Elle avait été mise en exploitation par Penarroya après une campagne de sondages réalisés depuis la surface, et après la réalisation d'un puit et d'une galerie de niveau située en gros à 250 m de profondeur. Cette galerie, d'une longueur de 1500 m, était minéralisée sur 80 % de sa longueur, soit sur 1200 m. Les données de sondage ne contredisant pas cette hypothèse, on a admis que l'on avait 1200 m minéralisés, sur 450 m de hauteur et une puissance moyenne de 3m. Ceci conduisait à environ 5Mt de réserves, à une teneur moyenne de 9 %. L'exploitation a commencé en tranches montantes à partir de la galerie de prospection. Dès la première tranche, il s'est avéré que la longueur minéralisée était beaucoup plus faible que prévue, en fait un peu moins de la moitié de ce qui avait été prévu. Ce point a été confirmé par la suite, puisque sur le gisement de St Salvy proprement dit, seuls 2 Mt ont été exploités ! Par bonheur, une partie des réserves était beaucoup plus riche que prévu, et la teneur moyenne finalement
exploitée est de 13 %.
L'exploitation de potasse du Congo donne pour sa part un bel exemple d'incertitude sur le choix de la méthode d'exploitation. Une campagne de sondages de surface avait été réalisée à maille régulière. Tous ces sondages avaient recoupé la couche de potasse à la même profondeur. Sachant que le gisement est d'origine sédimentaire, et que l'on connait des gisements de potasse parfaitement plats par ailleurs (les mines de potasse d'Alsace, par exemple), les études d'ingénierie ont été faites sur la base d'un gisement parfaitement régulier et plat. La méthode d'exploitation a été définie, et les équipements achetés. Malheureusement, dès que l'on a commencé à travailler dans le gisement, il s'est avéré que le gisement ne se présentait pas du tout tel que prévu. En fait, la région comprenait de multiples accidents tectoniques (des failles), entre lesquels on trouvait des panneaux de gisements pentés. Le hasard a voulu que la maille de sondage corresponde en gros à l'espacement entre les failles, et que donc tous les sondages coupent le minerai à la même profondeur. De fait, on n'avait plus affaire à un gisement parfaitement continu et horizontal, mais à un ensemble de panneaux, tous pentés. En conséquence, les équipements prévus pour l'exploitation n'étaient pas bons. Ils ont dû être abandonnés, L'ingénierie de la mine refaite, et de nouveaux équipement ont été achetés ! (et comme un malheur n'arrive jamais seul, cette même mine a été totalement noyée quelques années plus tard).

Après un exemple de risque réserves (l'évaluation des réserves de St Salvy), nous venons de voir un exemple de risque technique lié à la méthode d'exploitation. Finissons sur un exemple de risque technique lié à la méthode de traitement. Il s'agit de l'ancienne mine de tungstène de Salau, dans les Pyrénées, en France. Cette mine exploitait de la scheelite (WO3Ca), qui a la particularité de pouvoir être prospectée aux ultra-violets. Il découlait des études géologiques que la minéralisation était relativement grossière, et qu'en conséquence, 80% du tonnage pourraient être traités par gravimétrie, et seulement 20 % nécessiteraient une flottation.
L'usine de traitement a donc été construite sur cette base, et du fait de la topographie locale (L'exploitation se situait dans les Pyrénces), il a fallu la construire en souterrain, dans les montagnes, dans un espace confiné. Très rapidement après le démarrage de l'exploitation, il est apparu que le minerai était beaucoup plus fin que prévu, et qu'en fait il faudrait en traiter 80 % par flottation, et seul 20 % pourraient être traités par gravimétrie. En conséquence, il a fallu modifier, et surtout agrandir, une usine souterraine !

Arrêtons-là le panorama des ratés miniers (on pourrait continuer longtemps !). Il est important de retenir que l'industrie minière présente des risques importants. Nous avons vu ici le risque réserves et le risque technique. Nous verrons plus tard un troisième risque, indépendant du gisement : le risque recettes.
Ces risques ont toutefois des conséquences non négligeables sur l'industrie minière. En effet, on comprend bien que s'il y a un risque élevé sur le projet, un industriel ne s'engagera que si le projet présente vraiment une bonne rentabilité. Par ailleurs, pour diminuer le risque, l'industriel sera amené à multiplier les études (recherches géologiques complémentaires, essais d'exploitation dans des tailles pilotes, essais de traitement, …), ce qui aura pour conséquence d'augmenter encore plus un investissement initial déjà lourd. 

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